Défendre les intérêts des hôpitaux dans le monde avec Cedric Lussiez

Emilie LEBEE/ août 31, 2017/ Perspective internationale, Uncategorized/ 0 comments

Depuis 2011, Cedric Lussiez ne se contente pas de diriger le Centre Hospitalier d’Arpajon (91) : il représente les hôpitaux à but non lucratifs français au sein de la Fédération Internationale des Hôpitaux (FIH). Plusieurs fois par an, il change donc de casquette et endosse le rôle d’un lobbyiste chargé de défendre les intérêts des hôpitaux et des systèmes de soins à travers le monde.

Qu’est-ce que la Fédération Internationale des Hôpitaux ?

Il s’agit d’une organisation non gouvernementale internationale à but non lucratif. Ses membres sont des hôpitaux et systèmes de soins du monde entier. La FIH leur offre une plateforme d’échange de connaissances et d’expériences, ainsi que des opportunités pour des collaborations internationales entre différents acteurs du secteur de la santé.

La Fédération a été créée en 1929, lors d’un congrès inaugural à Atlantic City, aux Etats-Unis. Son siège est situé à Genève, en Suisse. La France (alternativement un représentant de la Fédération Hospitalière de France et d’Unicancer) fait partie des 25 pays qui siègent à son conseil de surveillance. Pour ma part, j’ai succédé à Gérard Vincent au sein de cette organisation en 2011.

Quel est concrètement le rôle de cette Fédération ?

La FIH vise à soutenir le développement d’hôpitaux et de services de soins efficients, permettant à la population mondiale d’être en bonne santé. Pour ce faire, elle porte plusieurs types d’actions :

  • Des actions de lobbying auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE). Nous sommes particulièrement vigilants sur la manière d’analyser et d’interpréter les chiffres clés et statistiques diffusés par ces agences. En effet, les gouvernements les utilisent souvent pour se comparer et légitimer, par la suite, les politiques publiques qu’ils mènent (en particulier sur les moyens attribués aux hôpitaux).
  • Une mission d’information et de partage de connaissance, notamment via la diffusion de recommandations de bonnes pratiques et d’organisation « evidence-based ». Je relaie ainsi à la FHF une newsletter mensuelle (en anglais). Des congrès sont également organisés, où des hôpitaux sont invités à présenter leurs actions les plus efficientes.

Le challenge de la Fédération pour remplir ces missions vient de l’hétérogénéité de ses membres (la répartition des membres est globalement d’un quart d’européens, un quart d’américains du sud, un tiers d’asiatiques), et donc leurs enjeux très éclatés.

Qu’est-ce que cette expérience vous apporte en tant que directeur d’hôpital ?

Représenter la France au sein de la Fédération Internationale des Hôpitaux a été une opportunité extraordinaire dans ma pratique professionnelle. Elle m’a ouvert les portes sur un monde hospitalier globalisé et sur les différentes approches culturelles possibles pour résoudre des problèmes similaires.

Les expériences partagées par les différents pays sont particulièrement inspirantes. Lors des différentes congrès, j’ai pu découvrir :

  • Le travail d’un architecte danois sur l’utilisation du bois pour réduire les durées moyennes de séjour dans les unités de soins intensifs,
  • Les résultats d’une étude texane sur les coloscopies, qui démontrait que le taux de perforation est inférieur quand l’acte est réalisé par un infirmier plutôt que par un médecin.
  • Le système de soins palliatif à domicile développé à Chicago.

Cette expérience ne va pas sans frustration, car il est souvent difficile d’adapter ces bonnes idées au contexte français. Mon quotidien de chef d’établissement ne me laisse pas le temps de mettre en place toutes les innovations que j’ai découvertes ! J’ai quand même la satisfaction d’avoir mis en place plusieurs actions inspirées par mon expérience internationale, en particulier le déploiement d’une application mobile qui regroupe les acteurs de la ville et de l’hôpital pour coordonner les parcours des patients.

Par ailleurs la comparaison internationale est vraiment complexe : les données sont disponibles mais difficiles à mobiliser, en particulier pour ce qui concerne le management et les organisations. Les logiques des différents systèmes de santé sont très variées, des Etats-Unis où le système est très médico-centré, mais avec peu de médecins très bien payés, à la Grèce, où la proportion de médecins est très élevée par rapport aux infirmiers. Il faut réussir à repérer les systèmes les plus efficients, et à identifier ce qui est reproductible.

Quelle place pour les hôpitaux français au sein du monde hospitalier globalisé ?

Un des enjeux les plus importants sur la scène internationale concerne le tourisme hospitalier. L’offre se multiplie dans de nombreux pays et un vrai marché de l’accréditation se développe, pour certifier la qualité des soins selon des critères partagés et compréhensibles des patients. Les hôpitaux français sont majoritairement absents de cette scène, qui pourtant joue un rôle important dans la visibilité et la notoriété des systèmes de santé.

L’image de marque des systèmes de santé passe par ces marqueurs harmonisés à l’échelle mondiale (normes, certifications, publications scientifiques), et je pense que la France aurait tout intérêt à être plus impliquée sur ces sujets.

En tout état de cause, j’ai constaté au sein de la FIH que les enjeux que rencontre le système de santé français se retrouvent dans la plupart des systèmes de santé à travers le monde. Nous ne pouvons que nous enrichir en découvrant leurs solutions à ces problèmes, et en partageant nos expériences !

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