Etienne Minvielle : S’inspirer de la recherche internationale pour stimuler le système de santé français

Emilie LEBEE/ novembre 9, 2017/ Perspective internationale/ 0 comments

Titulaire de la Chaire de Management des Etablissements de Santé, Etienne Minvielle est multi-casquette et allie recherche en gestion en santé et pratique en tant que praticien hospitalier responsable du développement des parcours de soins du Centre de Lutte contre le cancer Gustave Roussy. Il nous explique en quoi les exemples universitaires étrangers l’inspirent dans ses travaux de recherche ancrés dans les enjeux concrets que rencontrent le système de santé français.

Pouvez-vous me présenter votre parcours professionnel ?

J’ai une formation de médecin, ancien interne de santé publique, suis également diplômé de l’ESSEC, et titulaire d’un doctorat de gestion de l’Ecole Polytechnique. J’ai fait une partie de ma carrière comme chercheur au CNRS sur la recherche en gestion en santé.

En 2012, j’ai rejoint l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) en tant que professeur des universités en management, pour devenir titulaire de la Chaire de Management des Etablissements de Santé. Je suis également directeur de l’Equipe de Recherche, Management des Organisations de Santé, et responsable du Master 2 « Analyse du Management des Etablissements de Santé » (EHESP, Paris VII, AP-HP, Ecole de Santé du Val-de-Grâce).

Enfin, en tant que praticien hospitalier, je suis responsable à l’Institut Gustave Roussy, centre de lutte contre le cancer leader au niveau européen, d’une mission de développement de parcours innovants au sein de la Direction Générale.

Quel est l’ancrage international de l’équipe de recherche Management des Organisations en Santé ?

L’équipe de recherche Management des Organisations en Santé (MOS) investit sur le thème de la performance des parcours de santé.

Elle réunit une trentaine de chercheurs, post-doc, et doctorants, ce qui en fait une place forte sur ces sujets en France. Par exemple, elle étudie les conditions de mise en œuvre du paquet neutre en matière de prévention, ou des nouveaux modes de paiement (paiement à la qualité et au parcours) et évalue leur valeur-ajoutée. Elle part en règle générale du principe que l’enjeu se situe dans les usages. Qu’il s’agisse d’un nouveau mode de paiement, de techniques comme le Lean management, ou d’un nouvel indicateur, l’enjeu est de comprendre les pratiques réelles, et non de s’arrêter aux seuls éléments de construction de l’outil.

Nous avons des collaborations historiques avec l’université de Montréal qui ont abouti à la présence du Professeur Claude Sicotte, au sein de notre équipe. De même, en tant qu’école de santé publique, nous entretenons des liens avec des écoles similaires américaines (Chapel Hill et Columbia aux Etats-Unis, principalement). Enfin, nous avons des liens de collaboration guidés par nos thèmes de recherches. Par exemple, j’ai la chance de garder des contacts avec le Leonard Davis Institute de l’Université de Pennsylvanie.

Sur le plan européen, nous sommes aussi amenés à travailler selon les sujets avec différentes équipes.

Toutes ces collaborations témoignent du souhait de projeter nos travaux à l’échelon international, et d’établir ainsi des analyses entre différents pays. Cela se traduit également par des échanges, certains de nos doctorants passant une partie de leur thèse à l’étranger.

Dans nos domaines, il est fondamental d’échanger et d’apprendre de la confrontation avec nos collègues étrangers. Nous sommes dans le champ déjà développé dans les pays anglo-saxons du « Health Service Research ». Par ailleurs, nombre de publications de haut niveau sont nord-américaines.

Qu’a à apprendre le système de santé français de ce qui se fait à l’étranger ?

Enormément. Nous avons un certain retard en recherche dans ces domaines, notamment par rapport à nos collègues américains. Il est fondamental de produire des recherches utiles à la décision publique ou au milieu professionnel. Or, dans ce contexte, les études menées outre-atlantique, et leurs enseignements sont très précieux.

Pour ne prendre qu’un exemple, étudier les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) ne peut que bénéficier d’une analyse comparée avec les « Accountable Care Organizations » (ACO) américaines.

Pouvez-vous me parler d’un exemple inspirant développé à l’étranger ?

Au niveau des modes de financement, la France est confrontée à un virage qui cherche à introduire des paiements à la qualité et à la coordination.

L’expérience Medicare (assurance publique américaine pour les personnes âgées de plus de 65 ans) avec le Value-Based-Purchasing, et les expérimentations de Bundled payment déjà avancées, constitue une référence de ce qui peut être développé, et j’oserai ajouter de ce qu’il ne faut pas faire. Le transfert dans le contexte français de ces dispositifs et des enseignements tirés dans la littérature scientifique, est en soi un exercice de recherche que nous avons réalisé lors de la mise en œuvre de l’Incitation financière à l’amélioration de la qualité, en appui du ministère de la santé et de la Haute Autorité de santé.

Pour aller plus loin :

Site internet de l’équipe de recherche Management des Organisations en Santé : https://www.ehesp.fr/recherche/…de-la…/management-des-organisations-de-sante

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