HOPE : L’auberge hospitalière espagnole de Marie Audoin

Emilie LEBEE/ juillet 14, 2017/ Perspective internationale/ 0 comments

Marie Audoin est une psychologue clinicienne du Centre Hospitalier Spécialisé La Chartreuse à Dijon. C’est avec enthousiasme qu’elle s’est lancé dans l’aventure européenne HOPE en mai et juin 2017. Affectée en Espagne, elle a passé un mois à découvrir l’organisation du système sanitaire et social de la province de Saragosse puis s’est immergée dans la réalité européenne lors du regroupement des 150 participants à Dublin. Elle nous raconte son expérience et les leçons qu’elle en tire.

Pourquoi avez-vous eu décidé de participer au programme HOPE ?

J’ai appris l’existence du programme HOPE par le plus grand des hasards, lorsque le Dr Gérard Milleret, président de la CME du Centre Hospitalier Spécialisé La Chartreuse a fait suivre l’appel à candidature en septembre 2016. A un mois de la clôture des candidatures, je me suis décidée très vite.

J’ai rencontré le Directeur de l’établissement, Bruno Madelpuech, dont le soutien a été décisif. En effet, je doutais de ma légitimité à participer à un tel programme, qui me semblait plutôt s’adresser aux directeurs, médecins ou cadres de santé. Mon directeur a été très emballé par cette opportunité et m’a soutenue dans ma démarche après avoir constaté ma motivation. C’est d’ailleurs lui qui m’a conseillé de choisir l’Espagne, dont il connaissait l’intérêt du système de santé.

Il a insisté sur l’apport que cette ouverture sur l’extérieur constituerait pour moi et sur l’importance de faire un retour à mes collègues. J’ai donc créé un blog : www.echangehospitaliereuropeen.wordpress.com et je vais présenter mon expérience à une réunion de service.

Le coût de ma participation n’a pas été un frein puisqu’il ne revient à mon établissement d’origine que de payer mon salaire ainsi que mes frais de déplacement (comme pour toute formation). Sur place, c’est l’établissement d’accueil qui fournit l’hébergement et les repas.

Quel bénéfice retirez-vous de votre expérience espagnole ?

Mon séjour en Espagne a duré un mois. Tous les stagiaires accueillis dans ce pays ont été réunis au début et à la fin du séjour à Madrid. Avec Aili Laasner, pédiatre de formation et depuis 12 ans, médecin chef à l’hôpital de Rapla en Estonie, nous avons passé trois semaines complètes à Saragosse. Nous étions basées dans le Centre Hospitalo-Universitaire Miguel Servet mais nous avons aussi visité d’autres hôpitaux de la région ainsi que des centres de santé, des associations, des établissements psychiatriques, etc. Au final, c’est vraiment une vision complète des prises en charge sanitaires et sociales qui nous a été proposée par une équipe espagnole très motivée et accueillante.

Le principal bénéfice que je retire de cette expérience c’est une prise de recul par rapport aux problématiques du système de santé français. A un moment où la France se restructure et se modernise, on ressent beaucoup de frustrations voire de colère dans les établissements. Constater la dynamique à l’oeuvre dans d’autres pays permet de mieux comprendre les réformes en cours dans notre pays et de relativiser les enjeux.

J’ai aussi beaucoup apprécié de découvrir l’inventivité à l’oeuvre dans des pays où les moyens alloués sont moindres et la qualité des projets qui y sont menés. L’échange avec les autres participants permet de découvrir des organisations et pratiques très variés, en particulier via la collègue estonienne qui a passé un mois avec moi à Saragosse.

Le fait d’être pendant un mois une des ambassadrices du système de santé français vis-à-vis des autres participants européens était très valorisant. Moi qui m’intéresse au fonctionnement de notre système, j’ai été gâtée. Autant les sujets techniques sur les nouvelles technologies étaient un peu trop complexes pour moi, autant j’ai apprécié que le patient soit au centre de toutes les discussions et préoccupations.

Quels exemples inspirants avez-vous découverts pendant votre séjour en Espagne ?

En tant que psychologue, les exemples qui m’ont le plus inspirée relevaient du domaine de la psychiatrie.

  • La place donnée à la réhabilitation dans les prises en charges psychiatriques m’a particulièrement impressionnée :

Les moyens alloués aux hôpitaux spécialisés m’ont semblé moindres en Espagne qu’en France, et la culture du soins plus extra-hospitalière. Le soin hospitalier se concentre sur la crise aigue, pendant des périodes courtes, et les soins psychiques sont dispensés à l’extérieur de l’hôpital.

Les espagnols accentuent fortement l’aspect professionnel de la réhabilitation. L’enjeu est d’accompagner le retour au travail via des ateliers ou des activités en milieu protégé. Du lundi au vendredi, les patients ont un programme de travail qui leur permet de garder ou de créer un rythme professionnel. L’hospitalisation n’est pas passive mais centrée sur le projet individuel.

  • La méditation de pleine conscience pour les équipes soignantes :

Cette pratique est peu développée en France. A Saragosse, la psychologue rattachée à la Direction des ressources humaines, clinicienne de formation, est en train de développer un programme complet de méditation de pleine conscience pour les professionnels de l’établissement. C’est un programme qui comporte plusieurs séances et vise à améliorer la gestion du stress et la communication au sein des équipes. Les participants bénéficient de 10 à 12 séances de méditation.

Si la pratique de la méditation est de plus en plus courante dans les établissements hospitaliers français mais je ne l’ai encore pas vue pratiquée pour les soignants. Je pense qu’il y a un vrai potentiel dans cette pratique et mon expérience au sein de HOPE m’a donné envie de participer à la formation que proposer justement mon établissement sur ce sujet et pourquoi pas de développer un projet de recherche avec l’hôpital de Saragosse !

En conclusion, mon expérience dans le programme HOPE a vraiment été une opportunité extraordinaire d’un point de vue personnel et professionnel. Mon conseil pour tout professionnel de santé ayant un intérêt pour le fonctionnement du système de santé est de foncer sans hésiter. Avec une pratique basique de la langue anglaise, on réussit rapidement à communiquer avec ses collègues et à découvrir des pratiques qui vous inspirerons pendant plusieurs années !

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