La santé au travail à l’américaine

Emilie LEBEE/ avril 20, 2017/ Système de santé américain/ 0 comments

49% des américains bénéficient d’une assurance maladie financée en tout ou partie par leur employeur. Cette situation amène ces derniers à prendre très au sérieux la santé de leurs employés, étant donné qu’ils en sont le premier financeur. Ils investissent donc fortement le champ de la santé au travail jusqu’à, comme l’université de Stanford, rémunérer leurs professionnels pour qu’ils fassent du sport et prennent soin d’eux via le programme « Be Well ».

  • La santé de leurs employés est un sujet de préoccupation majeur des employeurs américains comme l’université de Stanford

Avant la seconde guerre mondiale, les Américains payaient directement leurs frais de santé, soit directement, soit via une assurance à but non lucratif comme Blue Cross, qui prenait en charge les situations les plus graves.

Au début des années 1940, et pour éviter une croissance incontrôlée de l’inflation, le gouvernement américain prend la décision de geler les salaires. Face au fort mécontentement des salariés, la décision est prise d’autoriser en contrepartie le financement de l’assurance santé par les employeurs, sans limitation du montant et hors du champ de l’impôt sur le revenu. La prise en charge de l’assurance maladie par les employeurs s’est très rapidement généralisée et aucun retour en arrière n’a pu être effectué depuis.

L’université de Stanford, fondée en 1891, est une des universités les plus prestigieuses des Etats-Unis. Avec 16 000 étudiants et un budget d’exploitation annuel de 5,5 millions de dollars, elle ne manque pas de moyens pour jouer un rôle moteur au sein de la Silicon Valley, dont elle est le berceau.

En 2015, les charges de personnel représentaient 49% du budget de l’université. Il y avait 2 153 enseignants à Stanford (dont 99% détiennent le niveau de diplôme le plus élevé de leur spécialité et 20 ont reçu un prix Nobel) et 11 481 personnels administratifs et techniques.

Stanford finance à 100% l’assurance maladie de ses presque 15 000 personnels et leurs conjoints. L’université a donc tout intérêt à inciter ses équipes à être en bonne santé, pour éviter de futurs coûts liés aux soins.

  • Les actions de prévention santé

L’université de Stanford porte une politique de santé au travail assez similaire à celles menées en France, avec comme support une interface web vraiment intéressante dont je parlerai plus longuement dans un futur article.

Au-delà de la santé au travail, l’université de Stanford prévention « classiques », proposées par la Stanford Healthcare Alliance, dont le pivot est le Centre Hospitalier Universitaire contigu à l’université.

Le principal support de la prévention santé est l’accès à des soins coordonnés. Concrètement, chaque assuré choisit un médecin référent et une équipe soignante, auxquelles il a accès 24 heures sur 24. Toutes les consultations avec ces professionnels sont gratuites, de même que les examens de dépistage. Un plan « santé » est élaboré pour chaque patient, cherchant à prévenir des complications ultérieures.

Stanford a aussi mis en place un centre de soutien aux personnels. Chaque professionnel qui en ressent le besoin peut bénéficier de dix consultations, notamment de soutien psychologique.

  • Les actions de promotion de la santé : Be Well !

La grande originalité de mon point de vue est le programme Be Well (http://bewell.stanford.edu). Ce programme est pensé pour encourager les employés de l’université et leurs conjoints à adopter ou maintenir un mode de vie actif.

La mise à disposition de l’ensemble des infrastructures sportives présentes sur le campus (piscines olympiques, murs d’escalade, terrains de basket, salles de gym…) pour leurs professionnels et leurs conjoints est un plus. Mais la politique de prévention santé repose surtout sur des rétributions financières allant jusqu’à $580 par an.

La prévention prend une nouvelle dimension et chacun est financièrement invité à :

  1. se créer un profil « wellness », c’est-à-dire consulter son médecin généraliste, faire un check-up, se construire un plan santé et s’engager à pratiquer une activité sportive.
  2. participer à des activités organisées sur le campus, soit des activités sportives (cours de fitness, yoga…), soit des ateliers santé (diététique, gestion du stress…)
  3. contribuer à créer un environnement sain avec ses collègues, par exemple en organisant la venue d’un prof de sport pendant la pause déjeuner.

La politique de transport contribue à cet effort et tous les professionnels qui se déplacent exclusivement en vélo bénéficient également d’un intéressement.

Cet exemple est caractéristique de la dimension volontariste que prend la prévention aux Etats-Unis depuis quelques années. Pour essayer d’infléchir les courbes de dépense de santé et faire évoluer le comportement des américains, les politiques de prévention prennent un tournant volontariste dont les résultats pourront être évalués dans quelques décennies.

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